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Analyse

L'international des feux Loto-Québec

Canada 2026 - Retour sur la soirée et analyse du feu de Royal Pyrotechnie

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Frédérick Bastien

Collaborator

23 Juillet 2026 -La Ronde


Le 23 juillet 2003, la firme québécoise Royal Pyrotechnie présenta son premier feu au Concours international d’art pyrotechnique de Montréal, alors appelé « Le Mondial SAQ » et reçut le Jupiter d’or. Cette récompense marquait un jalon important dans l’histoire de l’événement : en dépit d’une présence à peu près constante de concurrents canadiens année après année depuis 1985, c’était la première fois qu’une entreprise d’ici obtenait le premier prix.


Vingt-trois ans plus tard jour pour jour, cette entreprise québécoise a présenté un spectacle qui, sur le plan artistique, dépasse nettement ses précédents. Le ciel ne peut attendre (2003) et Voilà! (Jupiter d’or 2009) étaient largement dépourvus de toute thématique. Kutuan, légendes de feu (en collaboration avec Fireworks Spectaculars Canada, Jupiter d’or 2014) marquait une certaine évolution à cet égard. Toutefois, un bond significatif est franchi cette fois avec On a tous un héros, une célébration de l’héroïsme comme élément fondamental de l’expérience humaine. Cette fois, nul besoin de s’être documenté avant le spectacle : le message était clairement communiqué et de bien des manières.


Dans ce feu à la conception extrêmement détaillée, la densité de significations était telle qu’elles ne pouvaient être absorbées d’un seul coup. Quatre courts segments narratifs introduisaient chacun des actes : les super-héros, les athlètes, les professionnels et les spectateurs qui peuvent eux-mêmes agir de façon héroïque. La sélection des 22 titres musicaux – dont une composition originale des DJs Christian Alary et Carl Müren pour le segment de lasers à la mi-temps – correspondait à la plupart de ces quatre volets. À cela, de nombreux courts extraits de films, de séries télévisées et de reportages – surtout sportifs – étaient superposés avec soin. Par exemple, sur The Best, les extraits de la description radio-canadienne d’une descente victorieuse du skieur acrobatique Mikaël Kingsbury aux Jeux olympiques d’hiver de Milan s’inséraient entre les paroles de Tina Turner sans jamais interférer avec elles. Cette bande sonore riche et complexe, d’une fluidité remarquable, guidait le public pas à pas.


En parallèle, l’équipe canadienne avait déployé un dispositif technique tout aussi sophistiqué et mettant efficacement à profit l’espace disponible. Deux rangées parallèles de 9 pontons « reliaient » la façade flottante de la zone de tir (rampe 3) aux cinq plateformes constituant la rampe de lancement la plus près du public (rampe 5). Au centre de la rampe 2, une tour tubulaire atteignant presque la même hauteur que la Grande Roue contenait sept positions de mise à feu, la plus haute incluant plusieurs anneaux permettant des séquences de tir à 360 degrés. Elle entra en action à plusieurs reprises tout au long du spectacle et apporta une véritable valeur ajoutée. Deux structures constituées de pièces éclairantes avaient été assemblées : l’une en forme de marteau (Thor) face à la rampe 4; l’autre en forme de fusée et fixée à une structure élévatrice qui permit réellement de la « propulser » à une hauteur bien perceptible. Le lac a enfin été le théâtre de quelques bombes nautiques au diamètre assez imposant lors de la finale.


En plus de cumuler beaucoup de points sur les critères de la synchronisation (10%), de la bande sonore (15%) et de la conception technique (25%), l’équipe canadienne devrait être propulsée sur le podium considérant la pondération de la conception pyromusicale (30%). Même si le public et les membres du jury n’ont certainement pas été en mesure de détecter sur-le-champ toutes les relations entre les éléments constitutifs de la bande sonore et la pyrotechnie, elles étaient suffisamment nombreuses pour distinguer cette production des autres vues cette année : le marteau de Thor sur des extraits du film (rappelant une publicité télévisée de l’International Benson & Hedges en 1993 ), puis le bruit du tonnerre répercuté par les marrons d’air sur « Thunderstruck »; la descente de Kingsbury dans l’épreuve en parallèle illustrée par des duels de comètes, suivis par deux alignements de mines aux couleurs de chaque couloir de la piste sur les deux séries de pontons; le nombre 50 sur la description par Pierre Houde du 50e but de Cole Caufield; les étoiles blanches qui semblaient propulsées le long d’un câble pour évoquer des voitures de course, puis la séquence de mines reflétant les tours de piste de Gilles Villeneuve; le départ de la fusée Artemis II sur les propos émanant de la salle de contrôle au décollage, puis celles de Neil Armstrong se posant sur la lune, accompagnées de bombes en forme d’étoiles et d’autres évoquant des planètes entourées d’anneaux; la mise à feu ondulante d’étoiles blanches créant un électrocardiogramme à la gauche de la tour, sur un extrait de la série télévisée Stat entre autres; la cloche de l’école (un large chrysanthème) et une pyrotechnie plus minimaliste et artistique sur des paroles passionnées de La Société des poètes disparus; les strobes et d’autres pièces rouges pour les pompiers qui ont « sauvé la maison »… et on pourrait continuer.


En dépit de ces forces et d’un bon arsenal pyrotechnique, il était plus difficile pour Royal Pyrotechnie de se démarquer quant à la qualité des pièces (20%) par rapport à des concurrents qui en sont des producteurs, comme Vaccalluzzo, l’équipe italienne de cette 40e édition. Parmi les autres critiques que l’on peut formuler, certains patrons de tir se répétaient, notamment les nombreux assemblages en forme d’éventails de comètes ou d’autres pièces en basse altitude. Enfin, la quatrième partie du feu, déployée dans un ultime crescendo sur trois pièces d’Audiomachine, demeurait plus vague sur le thème que les trois premiers volets. La finale, puissante, a aussi paru moins ordonnée et mesurée que celle de Vaccalluzzo.


Au-delà de ces considérations pyromusicales , il m’apparaît que la figure de l’héroïsme dépeinte dans ce spectacle demeurait assez genrée, les évocations d’héroïnes se limitant essentiellement à Wonder Woman et un personnage de Stat. C’est une chose à considérer en 2026. D’un côté, quelques ajouts auraient facilement pu être faits (une musique de La Reine des neiges ou une référence aux hockeyeuses de la Victoire de Montréal qui ont remporté la Coupe Walter cette année, par exemple). D’un autre, jusqu’à quel point cela ne reflète-t-il pas que la figure de l’héroïsme dans notre société demeure largement masculine? Cela dit, si cette question se pose, c’est précisément parce que ce spectacle n’était pas une performance pyromusicale sur un thème vague et plus ou moins signifiant, mais une véritable production culturelle.


Il est fort heureux que ce spectacle ait pu être produit sous des conditions météorologiques idéales et vu par une foule nombreuse ce soir-là. Ce sera vraisemblablement tout un défi pour les deux derniers concurrents de dépasser l’équipe canadienne, qui se positionne comme un prétendant sérieux à la plus haute marche du podium.


Frédérick Bastien

* is an independent news outlet, which has no affiliation with Six Flags / L'IFLQ / La Ronde

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