Analyse
L'international des feux Loto-Québec
Retour sur la soirée et analyse du feu de l'Italie 2026 par GIANNI VACCALLUZZO SRL BY ZIO PIRO







Frédérick Bastien
Collaborateur
12 Juillet 2026 - LaRonde
Après les orages ayant précédé le feu d’ouverture, puis la pluie persistante survenue le soir du feu hongrois, des conditions estivales parfaites étaient enfin réunies pour ce spectacle italien. Il était un peu difficile de savoir à quoi s’attendre : bien qu’il s’agît du troisième feu signé du nom de Vaccalluzzo, l’équipe se composait de personnes différentes des productions de 2012 (Jupiter de bronze) et 2017. En bout de piste, les spectateurs ont eu droit à un excellent spectacle pyromusical créant une forte impression. Néanmoins, il était un peu décousu et inégal, comme s’il avait été conçu à plusieurs mains sans une direction parfaitement claire.
Le matériel pyrotechnique, sorti principalement des usines de Vaccalluzzo, a assuré une forte densité de produits tout au long du feu. À l’instar de celui de la firme hongroise NUVU trois jours plus tôt, la richesse des couleurs était une force de ce spectacle avec une grande variété chromatique et de nombreuses pièces arborant des changements de couleurs (des mines, des comètes à tête météorique, des chrysanthèmes, etc.). L’arsenal incluait aussi des bombes cylindriques se fragmentant en plusieurs pièces durant leur ascension, avant d’éclater simultanément à plusieurs endroits, et d’autres bombes sphériques de grand diamètre et contenant des pistils denses et aux couleurs vives.
La synchronisation était impeccable tout au long de la performance. Cette précision se faisait particulièrement évidente sur quelques séquences où les éclosions suivaient la musique à la note près (« We will rock you », « La gazza ladra » …) et dans le tableau sur « Pizzini » de Paolo Buonvino, durant lequel les mises à feu s’accélérèrent avec le tempo de la musique, rendant bien difficile la prise de notes! Parlant de rythme, la première moitié du feu (avant le segment de lasers) se termina pas un crescendo, une sorte de mini-finale sur « Con te partirò » (Time to say goodbye) élégante, ordonnée et sans excès. Il s’agissait d’un avant-goût de la véritable finale du spectacle, À l’opposé d’une pétarade désordonnée, cette apothéose était d’une grande netteté visuelle, un beau découpage pyrotechnique et d’une grande puissance, harmonisée à l’interprétation d’un scherzo de Beethoven par le violoniste David Garrett.
Dans cette « Symphonie sicilienne » (c’était le titre donné au spectacle), le pot-pourri constitué de courts extraits de six chansons de Queen détonnait. En fait, la bande sonore est l’élément le plus manifeste du manque de cohésion dans la conception artistique. On a pris soin de nous informer que le spectacle allait comporter deux volets : l’un avec une musique typiquement italienne, le second marquant une ouverture à la musique internationale. Seule la première partie était compatible avec le thème choisi. Malgré tout, plusieurs pièces de la deuxième partie avaient un caractère symphonique ou une origine classique qui pouvaient s’harmoniser avec le premier volet. Ce n’était toutefois pas le cas de ce pot-pourri aux enchaînements un peu moins soignés. Que dire, aussi, de l’édition de la chanson de transition « Only time » entendue vers la mi-temps, pendant les jeux de lasers : on l’a simplement interrompue une fois ces deux minutes obligatoires terminées, sans trop se soucier que cela tombait au beau milieu du troisième couplet.
De façon plus subtile, on pouvait aussi déceler un manque de constance dans la complexité de la conception technique et pyromusicale. D’abord, le premier segment musical accompagna une narration introductive de près de deux minutes qui apportait bien peu au spectacle puisqu’elle consista en grande partie à répéter la description formelle livrée par Michel Lacroix quelques instants auparavant. Elle était au moins accompagnée d’une pyrotechnie minimale (fusées éclairantes rouges et quelques fontaines). Ensuite, durant les premiers tableaux, les produits déployés et les patrons de tir étaient somme toute assez répétitifs (beaucoup de chandelles), par exemple pendant les deux segments sur la musique du film Le bon, la brute et le truand. Puis, la conception est devenue plus variée et soignée à mesure que le spectacle progressait. Les difficultés techniques ont semblé peu nombreuses. Les cinq rampes de lancement ont été mises à contribution et quelques fusées éclairantes ont tapissé le lac pendant un court moment.
Le raffinement et l’intensité des derniers tableaux auront sûrement laissé une excellente impression au public, et fait oublier les éléments plus répétitifs du début du spectacle. De même, Queen compte beaucoup d’adeptes et il est probable que bien des spectateurs n’aient pas été très soucieux de ce manque de cohésion musicale et thématique. Nous aurons une meilleure idée des retombées de ces choix lorsque le verdict du jury tombera dans quelques semaines.
Frédérick Bastien